L’administration américaine a franchi un nouveau cap dans son bras de fer avec Cuba. Le ministère américain de la Justice a annoncé, mercredi 20 mai, l’inculpation de l’ancien président cubain Raul Castro pour « complot en vue d’assassiner des ressortissants américains » et pour quatre chefs distincts de meurtre liés à la destruction, en 1996, de deux avions civils pilotés par des opposants au régime castriste.
Cette décision spectaculaire intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre Washington et La Havane, alors que l’administration du président Donald Trump intensifie sa politique de pression contre le gouvernement communiste cubain.
Une affaire vieille de près de trois décennies
Les poursuites engagées par la justice américaine remontent au 26 février 1996. Ce jour-là, deux avions Cessna appartenant à l’organisation d’exilés cubains « Brothers to the Rescue », basée à Miami, avaient été abattus par l’armée de l’air cubaine au-dessus du détroit de Floride. L’attaque avait coûté la vie à quatre citoyens américains.
À l’époque des faits, Raul Castro occupait le poste de ministre de la Défense. Selon les autorités américaines, il aurait joué un rôle central dans l’opération ayant conduit à la destruction des appareils.
Le ministre américain de la Justice par intérim, Todd Blanche, a déclaré que « les familles des quatre Américains assassinés attendent justice depuis près de trente ans ». Une cérémonie d’hommage aux victimes était d’ailleurs organisée mercredi à Miami, haut lieu de la diaspora cubaine.
La Havane dénonce une « manœuvre politique »
La réaction des autorités cubaines ne s’est pas fait attendre. Le président cubain Miguel Diaz-Canel a dénoncé sur le réseau X une « manœuvre politique sans aucun fondement juridique », accusant Washington de fabriquer un dossier destiné à justifier « un projet insensé d’agression militaire contre Cuba ».
Le chef de l’État cubain a également rappelé le poids historique du 20 mai dans les relations tumultueuses entre les deux pays. Cette date marque, à Cuba, la proclamation de la République en 1902 après l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne et la fin de l’occupation militaire américaine.
Dans un message publié sur X, Miguel Diaz-Canel a évoqué « l’intervention, l’ingérence, la spoliation et la frustration » comme symboles de cette journée dans l’histoire cubaine.
Marco Rubio appelle les Cubains à « choisir une nouvelle voie »
Quelques heures avant l’annonce de l’inculpation, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait diffusé un message vidéo en espagnol destiné à la population cubaine. Dans cette intervention au ton offensif, il a accusé les dirigeants communistes de corruption, de détournement des richesses nationales et de répression politique.
Le chef de la diplomatie américaine a notamment affirmé que Cuba était contrôlé par « Gaesa », un puissant conglomérat économique lié aux forces armées cubaines, accusé par Washington de monopoliser une large partie de l’économie nationale.
Selon Marco Rubio, les pénuries d’électricité, de carburant et de nourriture qui frappent l’île ne seraient pas uniquement liées aux sanctions américaines, mais également à une mauvaise gestion interne et à des détournements massifs de ressources.
Le secrétaire d’État a par ailleurs renouvelé une offre d’aide humanitaire américaine de 100 millions de dollars destinée, selon Washington, à soutenir directement la population cubaine par l’intermédiaire d’organisations caritatives.
Une pression maximale sur Cuba
L’inculpation de Raul Castro s’inscrit dans une stratégie plus large de durcissement de la politique américaine envers Cuba. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a rétabli plusieurs mesures de sanctions et renforcé le blocus énergétique contre l’île.
Washington espère ainsi accentuer la pression sur le régime cubain dans un contexte de grave crise économique et énergétique, marqué par des coupures d’électricité prolongées et une inflation galopante.
L’administration américaine multiplie également les initiatives visant à encourager un changement politique à La Havane. Cette stratégie intervient quelques mois après l’arrestation aux États-Unis du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié historique du pouvoir cubain.
Le spectre d’une nouvelle crise diplomatique
L’affaire pourrait provoquer une nouvelle dégradation des relations déjà extrêmement tendues entre Washington et La Havane. Malgré le rapprochement historique engagé en 2015 sous la présidence de Barack Obama, les relations bilatérales se sont progressivement détériorées avec le retour d’une politique de confrontation sous Donald Trump.
À ce stade, aucune indication n’a été donnée sur les modalités concrètes des poursuites visant Raul Castro, âgé de 94 ans et retiré officiellement du pouvoir depuis plusieurs années. Toutefois, cette inculpation marque une escalade symbolique majeure dans le contentieux historique opposant les États-Unis et Cuba depuis plus de six décennies.
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