Les partenaires occidentaux réunis au sein du Groupe de contact international (ICG) pour la région des Grands Lacs ont appelé à l’ouverture d’un « dialogue intercongolais inclusif » afin de parvenir à une solution durable à la crise qui secoue la République démocratique du Congo. Cet appel figure dans la déclaration finale adoptée à l’issue de leur réunion tenue les 20 et 21 mai à Stockholm, en Suède.

Selon une copie du document diplomatique parvenue au média Le Potentiel, les représentants de l’Allemagne, de la Belgique, des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni, de la Suède, de la Suisse ainsi que de l’Union européenne ont exprimé leur profonde préoccupation face à la détérioration persistante de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.

Dans leur déclaration, les diplomates réaffirment leur soutien aux initiatives diplomatiques en cours, notamment les discussions menées sous médiation américaine à Washington entre Kinshasa et Kigali, ainsi que le processus de Doha impliquant le gouvernement congolais et l’AFC/M23. Mais au-delà de l’approche sécuritaire, le communiqué insiste sur la nécessité d’un règlement politique interne.

« Il ne peut y avoir de solution militaire au conflit », souligne le Groupe de contact international, qui appelle à « créer les conditions d’un dialogue intercongolais inclusif avec toutes les parties prenantes congolaises clés ».

Une pression diplomatique croissante sur Kinshasa

Cette prise de position intervient dans un contexte politique particulièrement sensible en RDC, marqué par des tensions persistantes autour de la gouvernance, de la crise sécuritaire dans l’Est et des débats alimentés par des soupçons de révision constitutionnelle.

Pour plusieurs analystes politiques, cette déclaration traduit une évolution du regard des partenaires occidentaux sur la crise congolaise. Ceux-ci semblent désormais considérer que l’instabilité actuelle ne se limite plus uniquement aux affrontements impliquant le M23 ou aux relations conflictuelles entre Kinshasa et Kigali, mais qu’elle comporte également une dimension politique interne nécessitant un traitement inclusif.

L’opposant Delly Sesanga a d’ailleurs salué ce qu’il considère comme un tournant diplomatique majeur. Selon lui,

« aucune paix durable ne peut être imposée par les armes ou par des arrangements conclus sans les Congolais ».

Le président du parti Envol estime qu’« sans un véritable dialogue intercongolais inclusif, crédible et sincère, aucune stabilité durable ne sera possible ». Il établit également un lien direct entre la crise sécuritaire dans l’Est et les tensions politiques internes, évoquant notamment « la tentative de changement de Constitution par le régime Tshisekedi ».

Washington, Doha et Luanda au cœur des médiations

Dans leur déclaration, les membres de l’ICG saluent les avancées enregistrées dans les différentes initiatives diplomatiques régionales et internationales destinées à réduire les tensions dans la région des Grands Lacs.

Les diplomates encouragent notamment la poursuite des discussions de Washington entre la RDC et le Rwanda, tout comme les négociations engagées à Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23. Ils exhortent également toutes les parties impliquées à respecter les engagements déjà pris dans le cadre de ces processus de paix.

Le communiqué insiste en outre sur la gravité de la situation humanitaire dans l’Est congolais. Les partenaires occidentaux condamnent « avec la plus grande fermeté les violations du droit international humanitaire » et s’inquiètent de la hausse des victimes civiles, particulièrement en raison de « l’utilisation croissante des drones » dans les zones de conflit.

Le Groupe de contact international réclame par ailleurs l’ouverture durable des aéroports de Goma et de Kavumu afin de faciliter les opérations humanitaires et l’acheminement de l’aide aux populations affectées par les combats.

Le retour du dialogue politique dans le débat congolais

Au-delà de sa portée diplomatique, la déclaration de Stockholm marque le retour du dialogue politique interne comme élément central dans la recherche d’une solution à la crise congolaise.

Longtemps reléguée au second plan au profit des réponses militaires et des négociations régionales, l’idée d’un dialogue inclusif entre acteurs congolais semble désormais reprendre de l’importance dans les cercles diplomatiques occidentaux.

Reste toutefois à savoir si cet appel sera suivi d’effets concrets et d’un engagement international capable d’accompagner une véritable dynamique politique interne. Car en RDC, plusieurs initiatives diplomatiques passées ont souvent été critiquées pour leur incapacité à prévenir l’enlisement des crises sécuritaires et institutionnelles qui continuent de fragiliser le pays.

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