La capitale congolaise a connu, ce mercredi, un ralentissement inhabituel de ses activités à l’occasion de la journée « ville morte » décrétée par la plateforme politique C64. Cette coalition de partis et d’acteurs sociaux de l’opposition entendait, à travers cette action, exprimer son opposition à toute éventuelle révision de la Constitution qui, selon elle, pourrait ouvrir la voie à un maintien du président Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà de son second mandat.
Dès les premières heures de la matinée, plusieurs artères de Kinshasa ont présenté un visage peu ordinaire. La circulation routière s’est révélée moins dense qu’à l’accoutumée, avec une nette diminution des embouteillages, notamment sur les grands axes reliant les différents quartiers de la capitale. Une situation qui contraste avec l’intense activité observée habituellement dans cette métropole de plus de quinze millions d’habitants.
Dans plusieurs communes, certains commerces ont gardé leurs portes closes tandis que des établissements scolaires ont signalé une présence réduite des élèves et du personnel enseignant. Dans des quartiers traditionnellement considérés comme favorables à l’opposition, certains habitants ont estimé que le mot d’ordre avait été largement suivi.
Toutefois, l’interprétation de cette faible affluence dans les rues varie selon les observateurs. Plusieurs Kinois interrogés ont expliqué leur choix de rester à domicile par mesure de prudence, craignant d’éventuels incidents ou affrontements liés à cette journée de mobilisation. Des parents ont notamment préféré ne pas envoyer leurs enfants à l’école.
Une activité économique maintenue dans plusieurs secteurs
Malgré ce ralentissement visible, Kinshasa n’est pas restée totalement paralysée. Les transports en commun ont continué à fonctionner, avec la circulation des bus publics et des minibus communément appelés « 207 ». Les marchés de proximité, les vendeurs ambulants, les cambistes ainsi que les stations-service ont poursuivi leurs activités dans plusieurs quartiers de la ville.
Les grandes surfaces et de nombreux commerces sont également restés ouverts, témoignant d’une activité économique réduite mais toujours présente. Aucun incident majeur n’avait été signalé jusqu’en milieu de journée, selon les informations recueillies sur le terrain.
Par ailleurs, une présence renforcée des forces de sécurité a été observée dans plusieurs points stratégiques de la capitale. Cette mesure visait notamment à prévenir tout trouble à l’ordre public et à garantir la libre circulation des personnes et des biens.
Un test politique pour la plateforme C64
Contrairement aux manifestations classiques, les organisateurs n’avaient prévu ni rassemblement ni marche publique. Le mot d’ordre principal consistait à inviter les citoyens à rester chez eux afin de marquer leur désapprobation face aux projets qu’ils attribuent au pouvoir en place concernant la Constitution.
Pour les responsables de la plateforme C64, cette journée représentait avant tout un test grandeur nature de leur capacité de mobilisation populaire. Plusieurs militants se sont montrés confiants quant à l’adhésion de la population à leur démarche.
Du côté de la majorité présidentielle, les responsables politiques ont minimisé l’impact attendu de cette initiative. Des cadres de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ont indiqué ne pas avoir prévu de contre-mobilisation, tout en affirmant leur vigilance afin de permettre aux citoyens de poursuivre normalement leurs activités.
Les autorités appellent à la continuité du service public
En amont de cette journée, les autorités congolaises avaient multiplié les appels à la poursuite normale des activités professionnelles, particulièrement dans les services publics. Le ministère de la Fonction publique avait publié un communiqué rappelant aux agents de l’État leur devoir de neutralité ainsi que leur obligation d’assiduité au travail.
Alors que les regards restent tournés vers le niveau réel de participation à cette opération, plusieurs analystes estiment que l’évaluation du succès ou de l’échec d’un appel à la « ville morte » repose principalement sur l’observation de la fréquentation des espaces publics, de l’activité économique et de la fluidité du trafic urbain.
À la mi-journée, Kinshasa présentait ainsi le visage d’une ville fonctionnant au ralenti, sans pour autant connaître un arrêt total de ses activités. Une situation qui illustre les enjeux politiques et sociaux entourant cette première grande action initiée par la plateforme C64.
Par Merveille Mutombo|Kinshasa
