Quatre-vingt-onze cas de suicide ont été enregistrés dans la province du Sud-Kivu au cours du premier trimestre de l'année 2026. Ce chiffre est particulièrement préoccupant lorsqu'on le compare aux 121 cas recensés durant toute l'année 2025. Face à cette situation, les spécialistes de la santé mentale tirent la sonnette d'alarme et appellent au renforcement des mécanismes de prévention et d'accompagnement psychosocial au sein des communautés.

Cette précision est de Philippe Amani Busane, médecin psychologue clinicien à l'hôpital de Panzi. Selon lui, cette augmentation des cas de suicide est étroitement liée à la dégradation du contexte sécuritaire, économique et humanitaire que connaît actuellement la province. Les conflits armés, les déplacements de populations, la perte des moyens de subsistance ainsi que l'incertitude liée à l'avenir exposent davantage les populations à des troubles psychologiques tels que le stress chronique, les traumatismes et la dépression.

« Nous observons aujourd'hui une accumulation de facteurs de vulnérabilité qui affectent profondément la santé mentale des populations. Beaucoup de personnes vivent dans l'angoisse permanente à cause de l'insécurité, de la pauvreté et des difficultés quotidiennes », explique-t-il.

Le psychologue souligne également que les catastrophes naturelles et les crises sanitaires viennent souvent s'ajouter aux traumatismes déjà vécus par les populations. Les incendies, les éboulements de terrain, les inondations, les accidents de circulation, les pandémies et les épidémies constituent autant d'événements susceptibles d'aggraver les souffrances psychologiques.

« Quand on parle de catastrophe, il faut considérer aussi bien les catastrophes naturelles que les catastrophes humaines. Tous ces événements peuvent constituer un second traumatisme chez des personnes déjà fragilisées par les crises qu'elles traversent », précise-t-il.

Pour Philippe Amani Busane, de nombreuses personnes éprouvent aujourd'hui des difficultés à développer des mécanismes de résilience leur permettant de faire face aux épreuves de la vie. Cette situation est aggravée par l'isolement social, le silence autour de la souffrance psychologique et le manque de soutien familial ou communautaire.

« L'isolement, le manque d'écoute et l'absence d'accompagnement augmentent les risques de détresse psychologique. Les personnes vulnérables ont besoin d'espaces de dialogue où elles peuvent exprimer leurs difficultés et recevoir un soutien adapté », affirme-t-il.

Le spécialiste insiste sur la nécessité de placer la personne au centre de prise en charge et de considérer la santé mentale comme une composante essentielle de tous les secteurs de la vie. 

Face à cette situation, Philippe Amani Busane recommande le renforcement de l'encadrement communautaire, la multiplication des campagnes de sensibilisation sur la santé mentale ainsi que le développement de services d'accompagnement psychosocial, particulièrement en faveur des jeunes et des personnes affectées par les crises. Il invite également les médias à jouer un rôle actif dans la prévention du suicide à travers la diffusion de messages de sensibilisation, d'espoir et de résilience.

Rédaction