Alors que la capacité de production d'électricité peine à suivre la demande, notamment dans la capitale, la piste d'une centrale flottante de 135 MW à Matadi s'impose comme une réponse d'urgence. Mais l'exemple d'autres pays africains invite à examiner de près les conditions du contrat avant toute signature.

Une réponse rapide au déficit électrique

Le modèle de la centrale flottante séduit par sa rapidité de déploiement. Karpowership, l'opérateur turc qui le maîtrise, en a fait la démonstration en Côte d'Ivoire : un contrat de quatre ans pour 135 MW y a été signé en janvier 2022, et le navire est arrivé à Abidjan en seulement 20 jours.

Pour la SNEL, cette option permettrait de diversifier rapidement ses sources de production face à des besoins croissants et aux contraintes de l'hydroélectricité. Aujourd'hui, il est question de 130 à 135 MW destinés à soulager notamment Kinshasa.

L'avertissement sierra-léonais

Mais la rapidité ne dit pas tout. L'expérience de la Sierra Leone rappelle qu'une centrale louée exige une discipline financière rigoureuse.

En avril 2024, le gouvernement sierra-léonais devait 48 millions de dollars à Karpowership. Faute de paiement, l'entreprise avait réduit sa fourniture de 60 MW à seulement 6 MW. L'alimentation n'a été rétablie à pleine capacité qu'après le versement de 17 millions de dollars. Selon Reuters, une situation comparable s'était déjà produite en septembre 2023, avec une dette d'environ 40 millions de dollars.

Six questions auxquelles la RDC doit répondre

Pour éviter un scénario similaire, plusieurs points doivent être clarifiés avant tout engagement :

Combien coûtera exactement cette électricité ?

Quel sera le prix du kWh ?

Quelle sera la durée du contrat ?

Qui prendra en charge le combustible ?

Quelles seront les garanties de paiement ?

Que se passera-t-il si la SNEL ou l'État accumule des impayés ?

Un dossier qui n'est pas nouveau

Ces interrogations prennent d'autant plus de poids que le projet n'est pas inédit. Karpowership avait déjà été envisagé à hauteur de 200 MW à Matadi en 2022, avec un dossier examiné par l'Autorité de régulation de l'électricité (ARE). Le projet actuel, plus modeste, reprend la même logique avec une capacité revue à la baisse.

Apprendre avant de signer

Il ne s'agit pas de s'opposer à Karpowership, mais de tirer les enseignements des expériences voisines. La Côte d'Ivoire montre que le modèle peut être déployé vite. La Sierra Leone rappelle que la location d'une centrale suppose une rigueur budgétaire sans faille.

Il revient désormais à la SNEL SA de négocier dans l'intérêt de la RDC. Car si 135 MW peuvent soulager le pays aujourd'hui, le contrat devra surtout éviter de créer un problème financier demain.

Par Scarpe MBUYAMBA Espérant