Plus de 900 cas suspects de maladie à virus Ebola ont été identifiés en République démocratique du Congo, a annoncé dimanche le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Sur ce total, 101 cas sont confirmés et au moins 177 décès sont désormais liés à l’épidémie.
L’OMS a relevé le niveau de risque à « très élevé » au niveau national et « élevé » au niveau régional, tout en maintenant un risque faible à l’échelle mondiale. L’agence met en garde : le nombre de cas devrait « continuer d’augmenter, compte tenu du temps pendant lequel le virus a circulé avant d’être détecté ».
Un trou de 300 millions de dollars dans la riposte
L’Agence sanitaire de l’Union africaine, Africa CDC, estime à plus de 300 millions de dollars le financement nécessaire pour répondre à l’épidémie. Une somme qui contraste avec le retrait brutal d’un acteur historique : l’USAID.
Dès le début de son second mandat en janvier 2025, l’administration Trump a gelé l’aide extérieure américaine et lancé le démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international. Le site officiel de l’agence a été fermé le 27 janvier, et plus de 1 000 employés et contractuels ont été licenciés ou mis en congé forcé.
Seuls 294 agents sur plus de 10 000 ont été maintenus en poste en février. Un mémo interne de mars 2025, signé par l’administrateur adjoint par intérim pour la santé mondiale, alertait sur « une menace directe pour la santé publique, la stabilité économique, la sécurité nationale et la vulnérabilité aux menaces biologiques » en cas de suspension permanente de l’aide humanitaire vitale.
Des conséquences déjà visibles sur le terrain
En Ituri et au Nord-Kivu, les équipes médicales signalent un manque de fournitures de base. Certains soignants attribuent ces ruptures aux coupes dans l’aide étrangère, en particulier américaine.
« Nous avons essayé d’intervenir avec des ressources limitées en installant une station de lavage des mains et en fournissant des EPI, mais les stocks ne suffisent même pas pour plusieurs jours », témoigne un responsable de l’hôpital de Mongbwalu.
Un contrat qui devait financer le renforcement du contrôle des infections dans la région a été annulé par l’administration Trump. Il devait courir jusqu’en 2028. Des dizaines de millions de dollars destinés à la santé publique, à l’assainissement et à la lutte contre les maladies infectieuses en RDC ont été gelés ou supprimés.
L’OMS souligne par ailleurs que la détection tardive, l’absence de vaccin ou de traitement spécifique pour la souche Bundibugyo en cause, la violence armée et la forte mobilité des populations rendent la RDC particulièrement vulnérable.
Un vide que d’autres peinent à combler
L’OMS et ses partenaires – MSF, UNICEF, ALIMA, ont déployé du personnel et du matériel, et livré plus de 14 tonnes d’équipements médicaux. Un centre de traitement de 18 lits a été ouvert à Bulape, avec 16 patients actuellement pris en charge. La vaccination des contacts et du personnel soignant est en cours, avec 45 000 doses supplémentaires d’Ervebo approuvées.
Mais l’absence de l’USAID se fait sentir dans la prévention communautaire et le renforcement des systèmes de santé locaux.
« Avant, la réponse était presque toujours déclenchée parce que les cliniques nous alertaient. Cela suggère qu’un système fonctionnel aurait pu accélérer la réponse à l’épidémie actuelle », explique un expert à ELITE-NEWS.NET
Une épidémie qui s’étend malgré tout
L’épidémie, identifiée en Ituri, s’est propagée à Goma et Bukavu, deux villes sous contrôle du M23. Un cas a été confirmé à Bukavu, à des centaines de kilomètres de l’épicentre initial. L’Ouganda voisin a enregistré 5 cas confirmés et 2 décès.
Pour l’OMS, l’enjeu est clair : contenir l’épidémie avant qu’elle ne déborde. Mais sans financement à la hauteur et sans la capacité de réponse rapide que fournissait l’USAID, le risque d’un embrasement régional grandit.
« À ce moment critique de la riposte, il est vital que les autorités maintiennent une vigilance élevée pour contrôler l’expansion du virus », a déclaré Tedros.
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