
Le gouvernement congolais a adopté une stratégie de gestion de la dette sur la période 2026-2028. Ce cadre doit permettre à l’État d’emprunter moins cher, sur des durées plus longues, tout en finançant ses priorités budgétaires sans dérive de l’endettement.
Allonger les maturités, réduire les risques et structurer le marché des titres
Le dossier présenté par le ministre des Finances s’appuie sur le cadrage macroéconomique du projet de budget 2026. Autrement dit, la stratégie part des hypothèses de croissance, d’inflation, de recettes et de dépenses déjà intégrées au futur budget. Elle définit ensuite les instruments d’emprunt que l’État compte utiliser pour combler les besoins de financement qui subsistent.
L’axe central reste le compromis entre coût et risque. Le gouvernement veut couvrir les besoins de trésorerie et d’investissement de l’État à un coût jugé soutenable, tout en évitant un profil de dette trop fragile. Dans le langage de la politique monétaire et de la gestion de la dette, cela renvoie au risque de refinancement et au risque de taux d’intérêt.
Un stock de titres à très courte durée crée une pression permanente sur les caisses publiques, car il faut réemprunter sans cesse dans un contexte de taux qui peuvent remonter, d’où le choix d’allonger la maturité moyenne de la dette intérieure.
Le ministre met en avant les obligations du Trésor à cinq et six ans qui doivent devenir, à partir de 2027, des instruments de référence sur le marché domestique. Ce basculement vers des échéances plus longues a deux effets recherchés. D’abord, il étale dans le temps les remboursements, ce qui limite la concentration des tombées de dette sur une même année et réduit le risque de refinancement.
Ensuite, il contribue à construire une courbe des taux en monnaie locale, indispensable pour les investisseurs institutionnels comme les banques, les compagnies d’assurances ou les fonds de pension. Un marché intérieur de titres plus profond facilite aussi le travail de la Banque centrale qui dispose alors de supports mieux adaptés pour ses opérations d’open market.
La stratégie insiste aussi sur le recours ciblé à des financements extérieurs concessionnels sur la période 2026-2028. Ces crédits, souvent accordés par des institutions internationales ou des partenaires bilatéraux, se caractérisent par des taux d’intérêt plus bas et des maturités plus longues que les prêts commerciaux. Dans un pays où le service de la dette absorbe déjà une part importante des ressources publiques, ce type de financement permet de limiter la charge d’intérêts tout en finançant des projets structurants. Le document adopté prévoit un recours à un financement international en 2026 pour soutenir les infrastructures et la connectivité nationale.
Il s’agit par exemple de routes, d’ouvrages de transport ou de réseaux énergétiques qui conditionnent la circulation des biens et des personnes à travers le territoire. Du point de vue macroéconomique, ces investissements peuvent renforcer la capacité de croissance du pays, ce qui améliore à terme la soutenabilité même de la dette.
L’ensemble de la stratégie repose sur une idée simple. Le pays ne renonce pas à l’emprunt, mais il cherche à mieux en maîtriser le profil. Allonger les maturités, privilégier les ressources concessionnelles, élargir la base des souscripteurs locaux et ancrer la gestion de la dette dans le cadre budgétaire 2026, autant d’éléments qui doivent réduire la vulnérabilité de l’État face aux chocs de taux d’intérêt et aux tensions de liquidité.
Merveille Kalanga/Kinshasa