Le directeur exécutif de Human Rights Watch, Philippe Bolopion, a exprimé de vives inquiétudes face à l’évolution de la situation politique en République démocratique du Congo, dénonçant un climat de tension grandissante et un recul préoccupant des libertés publiques à Kinshasa.
Lors d’une conférence de presse organisée dans la capitale congolaise, Human Rights Watch a alerté sur ce qu’elle considère comme un « tournant dangereux » dans la vie politique du pays, marqué par la multiplication des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des restrictions visant les voix critiques du pouvoir.
Selon l’organisation internationale, cette détérioration du climat politique intervient dans un contexte particulièrement sensible, alimenté par les débats autour d’une éventuelle révision de la Constitution ou d’une possible extension des mandats présidentiels. Pour Human Rights Watch, ces tensions font craindre une remise en cause progressive des acquis démocratiques obtenus au fil des dernières années en RDC.
L’organisation affirme avoir documenté plusieurs cas d’arrestations effectuées en dehors de tout cadre légal. Des opposants politiques, journalistes et militants de la société civile auraient été interpellés à leur domicile, parfois durant la nuit, sans mandat judiciaire ni notification officielle à leurs proches ou à leurs avocats.
Human Rights Watch évoque également l’existence présumée d’un réseau de détentions secrètes opérant dans certains hôtels et résidences privées de la capitale, en marge des structures pénitentiaires reconnues par la loi. Ces pratiques, estime l’ONG, constituent de graves atteintes aux principes de l’État de droit.
Parmi les cas cités figurent notamment ceux de Aubin Minaku, Emmanuel Ramazani Shadary, Parole Kamizelo et Nathanaël Onokomba, que l’organisation présente comme étant détenus par les services de renseignement sans accès régulier à leurs conseils juridiques.
Philippe Bolopion a exhorté les autorités congolaises à mettre un terme à ces méthodes qu’il juge incompatibles avec les normes démocratiques et les engagements internationaux de la RDC en matière de droits humains.
« Ce serait une grande perte de voir les autorités essayer de restreindre cette liberté d’expression », a-t-il déclaré, rappelant la tradition de débat civique et politique qui caractérise la société congolaise.
Human Rights Watch appelle par ailleurs le gouvernement à garantir pleinement la liberté d’expression, la liberté de la presse ainsi que le droit des citoyens à manifester pacifiquement, indépendamment de leurs positions sur la question constitutionnelle.
Alors que les tensions politiques continuent de monter dans plusieurs cercles de la société congolaise, les mises en garde de Human Rights Watch relancent le débat sur la protection des libertés fondamentales et sur la nécessité de préserver les équilibres démocratiques dans un contexte national déjà fragilisé par les défis sécuritaires et sociaux.
Par Prince NKONGOTO ITAKA
