Dans l’est de la République démocratique du Congo, où les violences armées, les incertitudes politiques et la fragilité économique redessinent quotidiennement les trajectoires de vie, certains professionnels des médias sont contraints de réinventer leur existence pour survivre.

C’est le cas du journaliste Benjamin Marhegeko, qui a troqué momentanément la plume contre la truelle afin de subvenir à ses besoins dans une région sous tension.

Originaire du Sud-Kivu, Benjamin Marhegeko exerce le métier de journaliste depuis plus de cinq ans. Au fil de sa carrière, il s’est spécialisé dans les reportages portant sur les réalités sociales, économiques et politiques de la sous-région des Grands Lacs. Son parcours lui a permis de côtoyer plusieurs personnalités de premier plan, parmi lesquelles le Prix Nobel de la paix 2018 Denis Mukwege, l’ancien président français François Hollande, ainsi que plusieurs figures politiques congolaises telles que Modeste Bahati Lukwebo, Jean-Michel Sama Lukonde, Vital Kamerhe, Aimé Boji Sangara ou encore Guylain Nyembo.

Mais derrière ce parcours professionnel se cache aujourd’hui une réalité plus rude. Installé dans une zone contrôlée par l’AFC/M23, le journaliste affirme évoluer dans un environnement où le traitement de l’information est devenu extrêmement sensible, voire dangereux.

« Aujourd’hui, je me retrouve dans une zone occupée par l’AFC/M23. Ici, parler de Kinshasa n’est pas du tout commode et informer sur les avancées de l’AFC/M23 devient un acte de haute trahison pour le gouvernement de Kinshasa conformément aux instructions du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication », explique-t-il.

Face à cette situation sécuritaire et aux restrictions qui pèsent sur le travail des médias, Benjamin Marhegeko dit avoir choisi une stricte neutralité dans sa pratique journalistique. Une posture qu’il considère comme essentielle pour préserver son intégrité professionnelle dans un contexte marqué par la désinformation, les pressions politiques et les manipulations de l’opinion.

Refusant de céder à la polarisation ambiante, il affirme privilégier les faits vérifiés et les reportages équilibrés, malgré les risques et les difficultés liés à l’exercice du métier dans une région en conflit.

Cependant, la précarité économique l’a poussé à explorer un autre savoir-faire hérité de son environnement familial : la maçonnerie.

« Pour garantir mon train de vie, j’ai opté pour la truelle en devenant maçon, une technique que j’ai apprise dans mon adolescence à travers mon père biologique, conducteur des travaux en bâtiment et travaux publics », confie-t-il.

Ce choix illustre la résilience silencieuse de nombreux journalistes de l’est de la RDC, confrontés à l’effondrement progressif des opportunités professionnelles dans le secteur médiatique. Entre survie économique et vocation journalistique, plusieurs sont contraints de multiplier des activités parallèles pour continuer à vivre dignement.

Malgré les difficultés, Benjamin Marhegeko garde espoir de renouer pleinement avec sa passion pour l’information et la communication, domaine qu’il poursuit également dans le cadre de ses études universitaires.

« La lueur d’espoir reste toujours là. J’espère que cette situation prendra fin et je reste optimiste pour reprendre la plume, qui est non seulement une passion pour moi, mais aussi mon orientation professionnelle puisque je fais les sciences de l’information et de la communication à l’université », souligne-t-il.

À travers son témoignage, le journaliste lance également un appel aux autorités congolaises afin que des solutions durables soient envisagées pour permettre aux jeunes, particulièrement ceux évoluant dans les zones affectées par les conflits, de retrouver des conditions de vie et de travail stables.

Dans un contexte où l’information devient parfois une ligne de front invisible, le parcours de Benjamin Marhegeko rappelle le prix humain du journalisme en période de crise. Entre engagement professionnel, prudence éditoriale et reconversion temporaire, son histoire traduit les défis quotidiens auxquels font face de nombreux reporters dans l’est de la RDC.

ELITE-NEWS.NET