Le budget de la sécurité saigne. Selon un rapport d’audit consulté par notre rédaction, l’État congolais débourse chaque mois entre 8,32 et 19,42 millions USD pour rémunérer 63.817 policiers "fantômes" au sein de la Police Nationale Congolaise, PNC.
Des effectifs fictifs qui coûtent cher
Le document pointe 63.817 agents recensés sur les listings de paie mais introuvables sur le terrain. Faute de contrôle biométrique fiable et de mise à jour du fichier, ces noms continuent de générer des salaires.
Selon la fourchette calculée par les auditeurs, la masse salariale mensuelle versée à ces effectifs fictifs oscille entre 8,32 millions USD au taux bas et 19,42 millions USD au taux haut. Soit jusqu’à 233 millions USD par an détournés du budget de la sécurité.
Un manque à gagner pour les vrais policiers
Au-delà de la perte financière, cette situation pèse sur les conditions de travail des policiers actifs. Retards de paie, primes impayées, manque d’équipements : plusieurs syndicats de la PNC dénoncent depuis des années les conséquences de ces "fuites".
«Comment exiger la discipline et l’efficacité quand une partie du budget part dans des poches inconnues ?», s’interroge un officier supérieur basé à Kinshasa.
L’urgence des réformes
Le rapport recommande un audit biométrique national, la bancarisation intégrale des salaires et l’assainissement du fichier du personnel. Des mesures déjà annoncées par le gouvernement mais dont la mise en œuvre traîne.
Joint, le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité faire de commentaire dans l’immédiat. La PNC, elle, promet une "tolérance zéro" contre les réseaux de fraude à la solde.
Un enjeu de gouvernance
Au moment où la RDC fait face à des défis sécuritaires majeurs dans l’Est, chaque dollar compte. Les 8 à 19 millions USD mensuels engloutis pourraient financer l’équipement, la formation et la prime de risque de milliers d’agents réellement déployés.
Pour les experts en finances publiques, l’assainissement de la PNC est désormais une question de crédibilité budgétaire et de souveraineté.
Par Osako Fatou
