Le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution en République démocratique du Congo prend désormais une tournure aussi spirituelle que politique. Au cœur de cette nouvelle dynamique : Kananga, chef-lieu du Kasaï-Central, présentée par certains leaders religieux comme le « cœur énergétique » du pouvoir congolais.
À l’origine de cette controverse, les récentes déclarations de l’Apôtre Patrick Wanzambi Tabernacle, président du Conseil National des Apôtres au Congo (CNAC). S’appuyant sur les principes de la cosmologie Kongo, le responsable religieux affirme que Kananga occuperait une position spirituelle centrale dans les rotations énergétiques du pays.
Cette interprétation mystique de la géographie congolaise a rapidement dépassé le cadre religieux pour s’inviter dans le débat politique national. Le CNAC a officiellement invité le président Félix Tshisekedi à se rendre à Kananga afin de « se ressourcer » avant les prochaines échéances politiques majeures qui se profilent dans le pays.
Une sortie qui n’a pas laissé indifférente la classe politique, notamment l’opposition. Selon plusieurs sources concordantes, des figures politiques de premier plan envisageraient une descente prochaine à Kananga pour s’imprégner de cette symbolique désormais présentée comme stratégique dans la conquête ou l’exercice du pouvoir.
Sous couvert d’anonymat, un cadre de l’opposition estime que cette « puissance énergétique » attribuée à Kananga aurait été longtemps ignorée par les acteurs politiques nationaux. Selon lui, ces révélations interviennent dans un contexte marqué par des tensions institutionnelles et des débats de plus en plus vifs autour de l’avenir de la Constitution congolaise.
Joint par téléphone, l’Apôtre Patrick Wanzambi est resté prudent sur les implications politiques de ses déclarations. Sans commenter directement les motivations des différents camps politiques, il a néanmoins affirmé que « la vérité est désormais connue » et qu’il appartient à chaque Congolais d’en tirer les enseignements nécessaires.
Le leader religieux a également révélé que cette centralité spirituelle de Kananga susciterait déjà un intérêt international. Selon ses propos, des Afro-descendants venus de Jamaïque auraient envisagé d’y ériger un « autel spirituel de la richesse », preuve, à ses yeux, que certains étrangers auraient pris conscience avant les Congolais eux-mêmes du potentiel symbolique et mystique de cette terre.
Au-delà de la polémique, cette soudaine exposition médiatique pourrait avoir des retombées économiques pour le Kasaï-Central. L’afflux annoncé de personnalités politiques, de fidèles religieux et de curieux pourrait dynamiser le secteur touristique local ainsi que plusieurs activités commerciales dans la province.
Dans un contexte où les questions identitaires, spirituelles et institutionnelles occupent une place croissante dans le débat public congolais, le Conseil National des Apôtres au Congo semble avoir réussi à repositionner Kananga au centre des discussions nationales. Entre croyances traditionnelles, stratégie politique et enjeux géopolitiques internes, cette séquence ouvre un nouveau chapitre dans les rapports entre spiritualité et pouvoir en RDC.
Par Mabanza Wakwansampi Joseph|Kananga
