La crise politique et sociale s’intensifie en Bolivie. Confronté depuis plusieurs semaines à une vague de manifestations et de blocages routiers à travers le pays, le président Rodrigo Paz a annoncé, mercredi 20 mai, un remaniement de son gouvernement dans un contexte de fortes tensions économiques et institutionnelles.

Au pouvoir depuis seulement six mois, le chef de l’État fait face à une contestation grandissante menée par des paysans, des ouvriers, des mineurs et plusieurs organisations syndicales qui réclament sa démission. Les protestataires dénoncent notamment la dégradation rapide des conditions de vie, la hausse des prix et les pénuries qui frappent plusieurs régions du pays.

« Nous devons réorganiser un gouvernement capable d’écouter », a déclaré Rodrigo Paz, tout en excluant tout dialogue avec ce qu’il qualifie de « vandales ». Le président bolivien a néanmoins assuré que « les portes resteront ouvertes » aux acteurs respectant « la démocratie ».

Une capitale sous pression

À La Paz, des centaines de paysans aymaras et de transporteurs ont de nouveau manifesté mercredi dans les rues de la capitale administrative, brandissant les drapeaux multicolores des peuples andins. Le défilé s’est déroulé sans affrontements majeurs avec les forces de l’ordre, massivement déployées autour du palais présidentiel et des principaux bâtiments institutionnels.

Selon les autorités, au moins 44 points de blocage restent actifs à travers le pays. Ces barrages perturbent fortement l’approvisionnement des grandes villes, provoquant des pénuries de carburant, de médicaments et de produits alimentaires dans plusieurs localités, notamment à La Paz.

Face à l’urgence, le gouvernement a instauré un pont aérien depuis Santa Cruz et Cochabamba afin d’acheminer viande et légumes vers la capitale. Les autorités ont également annoncé la mise en place prochaine d’un « corridor humanitaire » destiné à sécuriser le passage des convois de marchandises.

Evo Morales au cœur des accusations

Le gouvernement accuse l’ancien président Evo Morales d’être à l’origine des mouvements de contestation. Figure historique de la gauche bolivienne, l’ex-dirigeant est visé par un mandat d’arrêt dans une affaire présumée de traite de mineure, des accusations qu’il rejette catégoriquement.

Depuis 2024, Evo Morales vit retranché dans la région du Chapare, son bastion politique situé dans le centre du pays, sous la protection de ses partisans.

Devant l’Organisation des États américains (OEA), le ministre bolivien des Affaires étrangères, Fernando Aramayo, a accusé certains groupes de chercher à « affaiblir le gouvernement » et à porter atteinte à « l’État de droit ».

Une crise économique historique

La Bolivie traverse actuellement sa plus grave crise économique depuis les années 1980. Le pays a progressivement épuisé ses réserves en dollars après avoir longtemps soutenu un système de subventions sur les carburants, finalement supprimées en décembre dernier.

Cette situation a provoqué une flambée des prix. L’inflation annuelle a atteint 14 % en avril, alimentant le mécontentement populaire et accentuant les tensions sociales dans plusieurs secteurs stratégiques de l’économie.

Tensions diplomatiques régionales

La crise bolivienne a également pris une dimension diplomatique. Le gouvernement de Rodrigo Paz a annoncé mercredi l’expulsion de l’ambassadrice colombienne Elizabeth Garcia, accusant le président colombien Gustavo Petro d’« ingérence directe » dans les affaires intérieures boliviennes.

Gustavo Petro avait récemment qualifié les manifestations d’« insurrection populaire » et affirmé que la Bolivie était en train de « basculer vers des extrémismes ».

Dans le même temps, Washington a affiché son soutien au gouvernement bolivien. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que les États-Unis se tenaient « fermement » aux côtés des autorités boliviennes face à ce qu’il considère comme une tentative de déstabilisation.

La veille, le sous-secrétaire d’État Christopher Landau avait évoqué une possible « tentative de coup d’État » contre le pouvoir en place.

L’arrivée de Rodrigo Paz à la présidence avait marqué la fin de près de vingt ans de gouvernements socialistes dirigés successivement par Evo Morales puis Luis Arce. Aujourd’hui, le nouveau président se retrouve confronté à l’un des plus grands défis politiques et économiques de l’histoire récente de la Bolivie.

ELITE-NEWS.NET