
Bukavu, 25 mars 2026, La présence croissante d’enfants exerçant de petites activités commerciales dans les rues et marchés de Bukavu, au Sud-Kivu, à l'Est de la République démocratique du Congo, suscite l’inquiétude des acteurs de la protection de l’enfance, dans un contexte marqué par la dégradation de la situation sécuritaire et économique dans l’est de la République démocratique du Congo.
L’organisation non gouvernementale Congo Hope Initiative tire la sonnette d’alarme face à l’ampleur du phénomène, qu’elle associe à l’appauvrissement des ménages et aux conséquences des conflits armés dans la région.
« Aujourd’hui, il est difficile de parcourir les rues ou les marchés de Bukavu sans croiser des enfants en train de vendre divers produits », déplore Rodrigue Bashagaluke, chargé des programmes au sein de cette organisation.
Selon les témoignages recueillis sur place, une grande partie de ces enfants sont envoyés par leurs parents pour contribuer aux revenus familiaux, dans un contexte de précarité accrue. D’autres affirment avoir abandonné l’école en raison de l’insécurité et des déplacements forcés, se retrouvant contraints de travailler pour survivre.
L’escalade des violences dans la province du Sud-Kivu a en effet fragilisé de nombreuses familles, entraînant la perte des moyens de subsistance, des déplacements de populations et une désorganisation du système éducatif. Dans ce contexte, les enfants deviennent souvent une source de revenus complémentaire, malgré les risques encourus.
Les spécialistes mettent en garde contre les conséquences du travail précoce sur le développement des enfants. « Ces activités ont des effets néfastes sur leur croissance physique, leur équilibre psychologique et leur comportement social, tout en compromettant leur scolarité », souligne M. Bashagaluke.
À plus long terme, préviennent-ils, cette situation risque de compromettre les perspectives d’insertion socio-économique de toute une génération.
Par ailleurs, les acteurs humanitaires dénoncent des formes d’exploitation économique. Certains enfants sont utilisés comme une main-d’œuvre bon marché, parfois sans rémunération équitable. « Lorsqu’on exploite un enfant, il est payé à vil prix, ce qui incite certains employeurs à privilégier cette main-d’œuvre au détriment des adultes », explique le responsable de Congo Hope Initiative.
Face à cette situation, l’organisation appelle les parents à privilégier l’éducation de leurs enfants et à éviter toute forme d’exploitation. « La place de l’enfant est à l’école, et non dans les commerces. L’éducation reste le socle d’un avenir meilleur », insiste-t-il.
Congo Hope Initiative exhorte également les organisations humanitaires et les autorités à renforcer leurs interventions, notamment à travers des campagnes de sensibilisation sur les dangers du travail des enfants, des actions de plaidoyer pour le respect des droits de l’enfant, ainsi que la mise en place d’espaces éducatifs et récréatifs adaptés.
Pour les observateurs, seule une réponse coordonnée, alliant appui économique aux familles, accès à l’éducation et protection sociale renforcée, permettra d’enrayer durablement ce phénomène en pleine expansion dans la ville de Bukavu.
La Rédaction